Jeudi 1 mai 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est 11h en ce lundi 28 avril 2008, quartier chrétien-Via Dolorosa, Jérusalem. En musique de fond, la rue et des gamins qui braillent en jouant à FIFA.

 

Je l’avais promis et je l’ai fait. Cela fait quatre ans que j’ai dit à mon ami Mohammad que j’allais lui rendre visite un jour. « Bientôt Insh’Allah », par « bientôt » je pensais à une bonne décennie voire plus !


La célébration de Pâque libérant plusieurs jours, j’en ai profité pour mettre en place mon voyage initiatique, bien que la préparation fut plus que bâclée. En effet, à peine j’ai eu l’information concernant les jours fériés que mon sac était prêt. Je ne savais pas vraiment où j’allais, combien de temps ça prendrait et combien ça coûterait, mais tout ça, c’était franchement secondaire. J’embarquais donc à 6h au Turguman (gare routière, ndlr) pour aller jusqu’à Taba, à la frontière israélienne. Après 6h de route, ponctuée d’un arrêt d’une demi heure dans le désert du Sinaï dans une sorte de station essence excessivement glauque, faisant penser à un univers post-apocalyptique car les bâtiments alentours étaient tous dévastés et envahis par le sable. Sur la route passaient des camions rouillés crachant une fumée noire et épaisse qui se dispersait dans la tempête de sable. Le vent soufflait si fort  que j’avais du mal à rester assis sur mon rocher de calcaire. Rien que ce moment aurait mérité d’en faire un tableau, car il y avait un truc. Je sais pas quoi, mais il y avait un truc…


Une fois arrivé à Taba, il ne me restait plus qu’à faire quelques centaines de mètres pour me retrouver en Israël. Le contraste entre le côté égyptien et le côté israélien est saisissant, car du côté égyptien c’est un peu l’arrache, on blague gentiment et on fout pas grand-chose… Alors que de l’autre côté il ne vaut mieux pas jouer au con… Ce fut donc un M-16 qui fut le premier à me souhaiter la bienvenue. Son propriétaire, un bodybuilder écervelé me fouille de fond en comble et ne trouve rien. Je continus mon chemin jusqu’au guichet pour obtenir un visa et comme prévu je suis tombé sur une vaste bande de cons, qui me bombardent de question « tu viens faire quoi ici ? », « tu vas où ? », « tu connais quelqu’un ici ? », « c’est quoi son nom ? », « comment s’appelle ton père ? »…


Je leurs ai dit que je rendais visite à un certain « Schlomo Ben Chétrit » qui vivait à Tel Aviv. Si j’avais dit que je rendais visite à Mohammad Shaffi qui habite à Ramallah, je n’aurai jamais quitté le sol égyptien. Voulant par la suite bouger dans le Golf, il est fortement recommandé de faire tamponner son visa israélien sur papier libre et non sur le passeport (sinon ça fait genre que j’aime bien Israël…). Je le demande à la fille, qui a parfaitement compris ma requête, et tout en me souriant avec ironie défonce mon passeport d’un grand coup de tampon. Welcome in Israel…


Une fois de l’autre côté je décide de me rendre à pieds jusqu’à la gare routière d’Eilat pour rejoindre Jérusalem. Je longe la plage sur plusieurs kilomètres et je me dis que cet endroit serait parfait pour un WEI : du soleil, de l’alcool, des meufs et de la zik…


Eilat se situe à la base du Golf d’Aquaba et depuis la plage on aperçoit très bien les côtes jordaniennes où a été planté en signe de solidarité un énorme drapeau palestinien, foutant un peu les nerfs aux vacanciers. Une fois mon billet en poche, je décide de faire un tour à Eilat et au passage de discuter avec des gens. Le soleil et la qualité de vie de cette ville font que les gens y sont très sympas et ouverts. J’en garde donc un très bon souvenir, même si leur putain de hamburger à 5 euros avait franchement un goût de chiottes.


Cette semaine là on changeait d’heure. C’est con, ça je le savais pas. J’ai donc loupé mon bus, mais bon pas de problème je n’ai qu’à prendre le suivant. « Comment ça, y a plus de bus ? ». Bah oui, c’était le dernier… Sur le conseil de mon ami je prends le bus pour Tel Aviv, pourquoi pas, au moins je pourrais dire que j’ai vu Tel Aviv. Et j’ai vu Tel Aviv.


Une fois sur place, il ne me restait plus qu’à choper un taxi pour Jérusalem, ce qui n’était pas vraiment sûr puisque l’heure était avancée… Dieu était avec moi car j’ai croisé le chemin d’un chauffeur de taxi Palestinien qui se prend de sympathie pour moi et me fait monter. On discute de ma raison en Terre Sainte et du coup il m’offre la course et me conseil sur le bon comportement à avoir avec les soldats de Tsahal, à savoir de ne pas jouer au con. A mon arrivée à Jérusalem, je m’arrête quelques minutes sur un muret et je réalise là où je suis. Il y a quelques siècles seuls un pèlerin sur deux atteignaient Jérusalem vivant…


A 2h30 je me dis qu’il serait peut être temps de bouger pour Ramallah, située à seulement 10km de là. Le problème c’est que la distance on s’en fout : «tu veux aller à Ramallah, t’es fou ou quoi ? », ça c’était la réponse des taxis israéliens, alors j’ai marché jusqu’à trouver un Palestinien… ça n’a pas pris bien longtemps. Nous roulons dans la Ville Nouvelle et je reste bloqué quand je réalise que nous longeons le mur de séparation (« mur de la honte » ou « mur des enculés d’en face » comme aime à le surnommer les locaux), un peu comme quand j’ai bloqué en voyant Kephren la première fois. Je vis un peu ce qu’ont ressenti les gens en voyant le mur de Berlin, et Dieu sait que ça fait bizarre… Ce mur de six mètres de haut coupe le pays en deux sur plusieurs centaines de kilomètres… Le paradoxe c’est qu’une fois en Cisjordanie, je me suis senti mieux, moins oppressé en quelques sortes.


Putain je suis en Palestine…


                                                                             Avec des policiers de Ramallah

 

L’heure étant très tardive je chope un hôtel directement et laisse mon pote dormir tranquillement. Le lendemain je l’ai rencontré en centre ville, bordel ça faisait quatre ans que je l’avais pas vu… Il me fait visiter son entreprise (Asal Technologies) où il occupe un bon poste, mais son travail le fait chier, car ici, toute initiative est proscrite. En gros, tu fais ton taf dans ton coin et tu la ferme. Lui qui a vécu quatre ans en France est amer de travailler dans de telles conditions, mais bon c’est ça ou rien. Plus tard dans la soirée nous allons au café Al-Ain où j’ai pu y rencontrer beaucoup des amis de Mohammad : Hussam, Alaa, Romy… Que des gens bien, simples et très ouverts. On discute longuement sur la condition palestinienne, sur la vie ici, sur la vie en France etc. Le tout accompagné d’une chicha « fakhfakhena » et d’un thé à la menthe bien entendu. Avant de rentrer à l’hôtel, Mohammad a jugé bon de me faire faire un tour de Ramallah en développant sur les horreurs qui y ont eu lieu. Mention spéciale à l’attaque sur une école où Tsahal est entrée et a tué tout ce qui bougeait et comble de la barbarie, a fait usage de fusils à lunettes pour tuer les élèves qui avaient réussi à s’échapper. Il n’est pas rare d’entendre ce genre d’histoire à la TV, et quand PPDA en parle, soyons francs, tout le monde ou presque s’en branle. Mais lorsque l’on est sur place on a la gerbe et l’on reste bloqué durant de longues minutes… Puis nous longeons une petite route où l’on aperçoit très bien une colonie israélienne. « Il a encore quelques années, des snipers shootaient absolument tout, y compris les tombes du cimetière voisin ». Lorsque Mohammad me raconte ça, je me dis que si la situation partait en vrille, cette route pourrait devenir d’une minute à l’autre ma dernière demeure. Malgré les conditions plus que difficiles qu’on lui inflige le peuple palestinien garde la pêche et les gens restent de gros déconneurs en toutes circonstances ! « T’as pas peur d’aller en Palestine ? » Cette question vous me l’avez posé plusieurs fois et non, je n’ai pas eu peur, ni avant, ni pendant. J’ai peut être eu de la chance, qui sait ?


Le surlendemain de mon arrivée, je décidais d’aller à Jérusalem, côté Vieille Ville bien entendu. On ne rentre pas dans Jérusalem « la trois fois sainte », comme on rentre dans un bled de clodos. Alors dans le bus je cogitais… Une fois arrivé au check-point, notre bus est mis en attente pendant près d’une heure. Les raisons ? Y en a pas une de crédible ! Comment dire…c’est juste pour faire chier le monde, et ça marche ! Puis vient une femme soldat (« soldate » ?) qui fouille à mort mes affaires et me pose des questions bizarres. Cette fille, qui ne doit pas avoir plus de 20 ans, me regarde avec mépris, mais bon c’est compréhensible… Ici, chaque personne est un soldat potentiel car tout le monde doit effectuer son service militaire, c’est pourquoi les soldats sont souvent très jeunes. Certains disent que cette raison justifie les attentats suicides, et selon cette logique tous les morts israéliens ne seraient donc pas totalement innocents. A chacun son point de vue.


J’arrive donc devant la Porte de Damas et c’est avec pas mal d’émotion que je foule le sol de la ville. Tout est entièrement pavé et exclusivement piéton, les conditions sont donc réunies pour flâner tranquille… Ma visite débute par un kébab, bah oui je devais savoir si les kébabs ici sont mystiques ou pas. Ils ne le sont pas du tout. C’est juste un kébab quoi…

 

                                                                 Quartier musulman de Jérusalem (Al-Quds)

 

Puis je décide d’aller voir le Mur des Lamentations, qui se trouve sur ma route. Je traverse un tunnel où des ouvriers s’activent à extraire de la terre. Cette terre provient d’une excavation réalisée à l’intérieur même du tunnel et qui passe sous la mosquée Al-Aqsa. S’ils font ça c’est pour trouver des preuves qui légitimeraient l’existence de l’Etat d’Israël… c’est dire s’ils ont la pression…


Je pensais à tort que le Mur des Lamentations était une preuve pertinente de la présence du peuple de David au Proche Orient, mais en fait pas complètement… Le problème (car il y en a un, ça commence à faire beaucoup…) c’est que leurs fouilles passent sous Al-Aqsa, fragilisant considérablement les fondations de l’Esplanade des Mosquées et ça, ça craint ! Alors ça augmente les tensions entre nos amis musulmans et juifs… Le Mur est un lieu calme où il est agréable de s’y poser et l’on imagine a quoi devait ressembler le Temple avant sa destruction. Il devait avoir une sacrée gueule ! Si l’on continu son chemin on arrive à un pont de bois qui mène à l’Esplanade des Mosquées où l’on trouve la fameuse Al-Aqsa et le magnifique Dôme du Rocher. C’est dans ce dernier que l’on peut voir le rocher sur lequel Mohammad (Mahomet) aurait quitté la Terre pour le Paradis sur le dos de son cheval ailé… Là encore l’endroit est très calme et amène à la réflexion, même si les hordes de touristes troublent un peu la tranquillité à coup de sonneries de portable et autres trucs qui bipent…


Alors que je m’étais bien imprégné de l’ambiance de Jérusalem, j’ai décidé que j’étais prêt pour me rendre au Saint Sépulcre, là ou se trouve la tombe du Christ. En toute logique, avant de rentrer dans l’église j’ai tout d’abord parcouru le Chemin de Croix qui commence hors des murailles de la ville, en plein milieu du Mont des Oliviers et se poursuit sur la Via Dolorosa (« chemin de souffrances ») qui compte neuf des quatorze stations de la Passion. Inutile de préciser que l’on ne parcours pas la Via Dolorosa de la même façon que la rue de la Soif… Cette rue représente parfaitement Jérusalem c'est-à-dire qu’elle est joliment pavée, qu’elle abrite nombre de petites boutiques, qu’elle sent la myrrhe et l’encens…  J’arrive enfin au Saint Sépulcre après 40 minutes de marche. Il est directement construit sur le Mont Golgotha, là où Jésus a été crucifié puis placé dans une grotte par Joseph D’Arimathie. Selon la coutume, on se signe et on embrasse une des colonnes de marbre. Je m’exécute et j’avance vers la Pierre de l’Onction où a été embaumé le Christ, et se frayer un chemin parmi les fidèles n’est pas chose facile. Bien que chrétien plutôt médiocre je m’effondre à genou devant la Pierre et imprègne les objets que j’ai acheté (croix, icônes…) de l’odeur qui s’en dégage (ça sent la myrrhe, c’est le côté mystique de la Pierre). Alors que ma voisine de droite, une Ethiopienne qui arbore selon la tradition des tiges de papyrus autours de sa tête, explose en transe je quitte l’endroit pour passer à la pièce voisine, la tombe de Jésus-Christ… Du lourd… L’église étant gérée par les Orthodoxes, la déco est très chargée en icônes, encensoirs dorés et autres tableaux de la Passion. Je me pose dans un coin éclairé (le reste étant dans la pénombre) et je lis la Bible. Les pèlerins en pleurs se comptent par dizaines, notamment des Russes et Arméniens, qui côtoient les touristes plus classiques qui sont là histoire de se faire prendre en photo devant, de la même façon qu’on se prend en photo devant la Tour Eiffel. Un peu malsain, mais bon… Puis vient le moment où je rentre dans le mausolée, pour pouvoir me recueillir directement auprès du Christ… Si un jour je deviens vieux, je me rappellerai de ce moment, c’est dire. Au total, durant les trois jours que j’ai passé à Jérusalem, j’en ai passé des heures dans le Saint Sépulcre…


 

                                                                         La blinde de photos dispos sur FB

 

Le lendemain je décidais d’aller à Bethléem pour me poser dans la basilique de la Nativité, lieu de naissance du Christ. Bien que Bethléem se situant en Cisjordanie, ça n’a pas empêché Israël de placer un check-point sur la route. Là encore j’ai glandé environ trois quart d’heure avant de reprendre la route, et durant l’attente je fais connaissance avec Jean, un avocat palestinien chrétien et Ahmad, un plombier palestinien musulman. On discute longuement de foot français et de guerre. J’apprends ainsi qu’Israël a tenté à plusieurs reprises de monter les chrétiens contre les musulmans, sans succès. Au cours de la discussion, un soldat s’aperçoit que je suis Français et vu qu’il se fait chier, il décide de me parler. A la vue du soldat, Jean et Ahmad fuient discrètement, mais moi je me dis qu’il peut être très intéressent de parler avec un mec de terrain. De mon entretien avec ce mec je n’en tirerai pas grand-chose puisqu’il évitait très adroitement les sujets brulants. Je me retrouve a encore parler de foot français et je commence à croire qu’il n y a qu’un seul club en France : Lyon.


Mon chauffeur de taxi devait être un peu con puisqu’au lieu de me déposer aux pieds de la basilique de la Nativité, il me largue en bas de la vallée, à quelques kilomètres de l’objectif initial… Je parcours la vallée à travers champ, à l’arrache entre les oliviers et les mimosas en fleurs. C’est joli, ça sent bon mais putain qu’est ce que ça monte… C’est donc pas très frais que j’entre dans le lieu Saint et dès le premier pas dans la bâtisse on prend une grand claque « mystique » dans la tronche. Après quelques temps d’attente j’arrive à approcher l’Etoile… Un grand moment.


Puis vient le moment de rentrer au Caire, après 6 jours passés en Terre Sainte et bon nombre de moments uniques dans l’existence d’un mec. Au final, je suis très fier d’avoir pu partager le quotidien de mon ami Mohammad (big up à sa Mère et son moullouheya qui tue) et de constater la réalité des choses et non la version édulcorée des médias. Le mot de la fin ?


FREE PALESTINE !

par camchaka
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Mardi 22 avril 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est 14h en ce mardi 18 avril 2008, Plateau de Guizeh. En musique de fond des flics qui gueulent sur des mecs pour avoir un backshish.

 

Après 3 mois tout juste (ou presque) en Egypte, je me dis « bordel ça passe vite ». Hier encore j’étais aux portes de l’aéroport, fringué en costume (sans cravate) histoire de faire « je suis pas un touriste », pour éviter de me faire enfiler par les locaux qui excellent dans l’entubage de forains. A cette époque j’enlevais mon mp3 pour écouter l’Appel à la prière et j’appréhendais de traverser la rue. A présent je chante en duo avec le Muezzin et passer de l’autre côté de la rue me prend autant de temps qu’en France. Blasant l’Egypte ? Je crois pas, mais ma phase de découverte est passée et quand on me demande où je vie je ne réponds plus « fee Rennes » mais «fee Al-Qahira, Mohandesseen, enta taref fein ? ». Grande est la satisfaction de se sentir tel un local, arpentant les rues sans hésitation, choisissant un restau sans avoir à regarder dans un guide… La routine s’est en quelque sorte installée. La faute aux cours sans doute. Le système ici est particulièrement mal foutu, puisque l’on est plus ou moins tout le temps en exam, du coup je me retrouve souvent à réviser et donc sur Facebook (l’un ne va pas sans l’autre…). Ça ne m’a pas empêché de me faire un break de 3 jours dans mon petit paradis perso du Sinaï. Dahab, c’est juste inénarrable.  On y vient en bus après 9 heures de galère dans un bus trop froid ou trop chaud, avec des gens qui gerbent de temps à autre…

Une fois sur place j’ai du marchander sec pour ne pas me faire enfler par le taxi qui arrivera tout de même à ses fins : ce « hmar » m’a délesté de 30 livres pour faire la navette de la station de bus jusqu’à l’hôtel dans la benne d’un pickup pourave au lieu des 5 livres habituelles. Bon ok c’était la nuit…fait chier les monopoles… 

                                               Le paradis des plongeurs et des glandeurs

Ma colloc ayant préféré rester au Caire pour une raison d’emploi du temps, c’est donc seul que je foule le sol du Sinaï. Mais dans la benne de ce fuckin’ pickup je fais la connaissance de « DJ », un jeune strip-teaser Sud-Africain ex-héroïnomane. « Putain le con, c’est un malade » me dis-je aux premiers instants. On parle de l’Egypte, de drogues, du pickup et de meufs. Après s’être fait allègrement défoncer le cul par les amortos imaginaires du taxi, nous posons nos affaires à l’Auski Camp qui est un petit hôtel dans le style de ce que l’on trouve à Dahab. Palmiers à profusion, odeur de chicha qui flotte dans l’air et coussins au bord de la plage, telle est la norme ici. Mon nouveau roomate à l’idée étrange de me refiler un demi buvard avant d’aller plonger ; buvard que j’accepte bien que n’ayant jamais testé auparavant. Sobre, les coraux c’est déjà la folie, alors avec un buvard dans la tronche… J’en ai pris une fois de plus plein la gueule pendant près de quatre heures à frôler une énorme raie manta, à nager à l’intérieur d’un banc de poissons argentés… J’ai également failli y passer une ou deux fois je crois avec des poissons trop douteux, genre poisson-scorpion et autres merdes de ce genre. Je passais les débuts de soirée allongé sur la plage avec un oreiller en mattant la lune et les côtes saoudiennes, puis je rejoignais mes potes les forains qui adoraient me payer des bières que j’acceptais bien volontiers.

Le retour au Caire fut particulièrement douloureux, non pas que quitter Dahab soit difficile, mais c’est plutôt les coups de soleil ravageurs qui frottent contre le siège en simili cuir du car… ça m’apprendra à pionçer sur la plage et à dire que les crèmes solaires c’est pour les fiottes.

Prendre quelques jours de repos quand on vit au Caire est carrément recommandé, car au bout d’un moment on se sent épuisé, avec une grosse envie de respirer un air à peu près pur et de stopper les klaxons. Mais le Caire est le cœur du pays et est à mes yeux la chose principale. A tel point que les Egyptiens surnomment la ville « Misr », ce qui signifie « Egypte ». Comme si Paris s’appelait « France ». J’adore me perdre volontairement de le dédale de rues, et plus particulièrement les petites ruelles un peu sombre où on y trouve un peu de tout et surtout rien. J’ai une affection toute particulière pour les contrefaçons, à la fois les « véritables » contrefaçons et les gros craquages. Ainsi, dans un très grand souq à deux pas de chez moi on peut y trouver de l’Adidas, de l’Abercrombie, D&G…tous faux, bien entendu. Puis, si l’on fait abstraction de la saleté et autres trucs louches, on peut tomber sur de véritables merveilles, ce que j’ai appelé plus haut « les gros craquages ». Mes préférences vont pour les gallabeyas (aussi appelées djellaba au Maghreb) « Chenel », les baskets « Pamu » avec 3 virgules ( !) Nike au niveau du talon, mixeur « Moulinet » mais mon coup de cœur va pour la « FunStation », imitation absolument dégueulasse de la console de Sony. Lorsque l’on sort la « console » de la boîte on reste figé car elle ressemble parfaitement à l’originale… Sauf qu’elle fait 8 bits, que l’on peut y jouer à Mario (celui de la NES) et qu’il ne faut pas espérer y introduire un CD…  

 

S’il faisait un peu moins chaud, cet endroit aurait encore plus de gueule mais avec des températures dépassant les 40°C, tout le monde ne peux pas suivre. Hamdullah, pour moi ça va. Il fait tellement chaud que même les moteurs des voitures se mettent à flancher : en revenant de l’école j’ai pu croiser sur le bas côté une bonne centaine de voitures en panne, probablement une durite ou un joint qui  lâche. Je me mets à plaindre les pauvres automobilistes en galère, quand j’entends un grand bruit et je sens que le taxi part en crabe. Lancé à 90 Km/h on évite de justesse une Mitsubishi Lancer en panne (décidemment !), et c’est avec de la chance que l’on se prend une grosse bordure de trottoir qui stoppe la Fiat 128. Une fois la voiture immobilisée, le chauffeur se met à remercier Dieu d’avoir épargné sa vie et sa caisse. La raison de notre « sortie de route » vient de l’éclatement du pneu arrière droit, qui selon le chauffeur n’aurait pas résisté à la chaleur. Quand j’observe le boudin je comprends mieux et je me dis que soit il se fout de ma gueule, soit il est con. J’opterai pour un peu des deux, car le pneu était tellement usé qu’il roulait à moitié sur la carcasse ! Il est vrai qu’avec des pneus slick on adhère mieux par temps sec, mais au bout d’un moment faut arrêter…


                                       Beaucoup plus "slick" qu'un pneu de F1, faut le faire...

Sous l’effet de la chaleur le chauffeur se met lui aussi à partir en vrille et pour qu’il ne claque pas entre mes pattes je fini le remplacement du pneu. Une fois dans la voiture, il se met à tousser bizarrement et pousse des cris d’angoisse. Il me montre alors une cicatrice qui lui barre la poitrine, j’en déduis qu’il a eu une opération au cœur ou un truc du genre. Une bonne demi-heure plus tard, après avoir compris que son heure n’était pas arrivée, nous reprenons la route. Ma destination ? Le Turguman, sorte de grosse gare routière où je devais y trouver des informations pour un prochain trip. Ma destination ?
 

 

Palestine.

 

par camchaka
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Mardi 18 mars 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est 20h en ce mardi 18 mars 2008, quartier Mohandessen/Dokki en musique de fond El Hob Keda – Oum Kalthoum.

 

Nombreux sont les petits cons qui m’ont pris pour un illuminé lorsque j’ai annoncé ma volonté de « purification perso » en lien avec ma venue au Caire. Mon esprit relativiste me pousse à avouer que j’avais quand même l’air bien con. Cela dit, le Caire, ça amène à la réflexion… Entouré par 90% de musulmans, on cherche un groupe à qui se rattacher, quelque chose à défendre en quelques sortes. Voir constamment des mecs prier, entendre l’appel à la prière, écouter les gens parler de leur religion, change du laxisme religieux européen. Alors quand il s’agit de parler de SA religion on se sent subitement inutile, puisque au final je ne suis pas spécialement calé sur le sujet… Sans compter que les coptes de ce pays sont très croyants, ils ne loupent pas une occasion d’afficher des portraits flashys du Christ ou de la Vierge : dans la boutique, dans le taxi ou sur un t-shirt, tous les moyens sont bons pour montrer sa foi ! Il se trouve que je suis baptisé catholique, alors plutôt que me convertir, et ainsi passer de Camille à Kamel et de devoir me faire trancher un morceau de bi—(aïe !), c’est tout naturellement que je me suis tourné vers la communauté copte. Les coptes sont des Arabes chrétiens orthodoxes dont la langue provient directement de l’Ancien Empire, c’est dire si c’est old-school ! Hormis leur refus de se soumettre au Vatican, le reste est quasiment identique au catholicisme. De toute façon j’ai jamais été au Vatican, alors…


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Il n’y a pas si longtemps, alors que je prenais le bus (tarif imbattable : 0.10€), des mecs discutaient avec moi mais riaient bizarrement… Pas moyen de comprendre un putain de mot de ce qu’ils racontaient… quand une voix me traduit dans un français parfait les paroles de ces branleurs ! La traduction disait : « si tu restes encore un peu dans ce pays, tu parlera comme un oiseau ! ». Bien pourrie comme vanne… La traduction provient d’une jeune femme (trop belle…) derrière moi. Copte parlant français, Marianne me parle de Jésus et arrive même à me faire un peu flipper. « Elle est cramée la pauvre, elle doit venir d’une secte craignos… »,me dis-je. A tort, car en fait ça fait juste bizarre de voir quelqu’un qui a la foi. Jésus serait donc notre Sauveur à tous, et le seul moyen de le vérifier selon elle serait d’acheter une Bible et de la lire.                                            110 Egyptian Pounds plus tard j’ai enfin pu me plonger dans la lecture… au soleil et avec un thé de préférence ; ça aide pour se farcir le pavé. Faut admettre que la Bible, c’est du lourd… Y a de quoi devenir quelqu’un de meilleur si c’est bien exploité, facile à dire mais tendu à mettre en action ! A l’heure actuelle je me sens bien sans alcool (ça réduit le budget Doliprane), sans meuf (sérénité…) et sans embrouilles bidons (ça économise les chemises...merci Flo).                                                                                                                                                                                                    

Si le bouquin me plait, promis je me fais tatouer une croix. Sinon…y a pas de sinon, ce truc va me plaire c’est sûr.                                                                                                                                                                                                                                

Amen.

par camchaka
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Dimanche 9 mars 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est 17h en ce samedi 8 mars 2008, Dahab, Golf d’Aquaba-Sinaï. En musique de fond Closer – NIN.

 

Mine de rien au Caire il fait quand même chaud, même pour début mars ça commence à taper sévère… Le week-end approchant, nous prenons avec Karima la démocratique et très saine décision de passer 3 jours à Dahab, histoire de respirer un air moins saturé en saloperies et de se reposer de la folie du Caire. Pour situer l’endroit, Dahab se trouve dans le Golf d’Aquaba (Sinaï), juste en face de l’Arabie Saoudite dont on aperçoit très bien les côtes. Pour l’anecdote, Dahab veut dire « or » en arabe. Est-ce que Dunkerque veut dire « vieille merde » en Ch’ti ? En effet, les deux villes sont plutôt différentes : récifs coralliens de malade, coussins sur le bord de la plage avec une chicha, montagnes du Sinaï en arrière plan ou bancs de sable mazoutés, baraques à frites ravagées et usines sidérurgiques ?                                                                                                                            

Cependant, avant de glander au soleil il s’en passe du temps… C’est un peu comme au WEI, t’as l’impression de passer plus de temps dans le bus que sur le sable ! Le voyage a donc pris une petite dizaine d’heures (de nuit) accompagné par un téléfilm égyptien à oublier au plus vite. Quand viens le moment de dormir (pas facile, avec ce fuckin’ téléfilm à fond), un mec vient vérifier ton passeport, zone militaire oblige (Israël est proche…). Si c’était une fois, bon, pourquoi pas, mais ça commence à faire particulièrement chier au bout de la cinquième vérification ! « Oh, you are French ?! » « Bravo, tu sais lire connard ». Au lieu de ça, on se contente de dire « yes, but I like Egypt very much ».                                                                                                                            

IMGP4392.JPG                                            Bible+Red Sea (qui n'est pas spécialement red au passage...)


Quand le jour se lève on voit les montagnes du Sinaï, sur un fond sonore coranique récité par un mec, c’est très agréable… Plus au Nord se trouve le Mont Sinaï, là où Moïse aurait reçu les 10 commandements, pas très loin de l’endroit où s’est planqué Joseph (le « père » de Jésus, ndlr) et le Prophète Mohammad y a également fait un tour (pour quelle raison au juste ?).                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                

Le choix de l’hôtel s’est porté sur le « Penguin Hotel », une valeur sûre selon ma colloc, une habituée des lieux. A 2,10 euros la nuit c’est cheap ! L’endroit est propre, le personnel très sympa et on est à la plage en 20 secondes maxi. Dahab était un ancien camp de hippies dans les années 70 et on retrouve cette ambiance « à l’arrache », même si un certain côté artificiel reste perceptible. Après avoir déposé nos valises on squatte les coussins, mis à même le sol, le tout à l’ombre des palmiers…bouquin dans une main, chicha dans l’autre…il m’en aurai fallu une troisième pour le jus de mangue ! L’idée de base en venant ici c’était la glande, le concept du repos poussé dans ces derniers retranchements, devenir une loque en quelque sorte. Mais les affiches parlant de « diving », « plongée », « snorkeling », m’ont poussé à en savoir un peu plus sur les fonds marins. En fait, il se trouve que les récifs de la Mer Rouge sont qualifiés de 8ème Merveille du Monde. Ah bon ? Je savais pas…    

                                                                    P3070219.JPG                                                                             Les 60's ne sont pas si loin...                                                                                                                                  

Enfin bref, je chope un masque, un tuba et une paire de pompes bizarres pour aller checker les récifs coralliens. Histoire de ne pas cramer sous le soleil, j’enfile l’Artysm (dédicace…) toujours pratique dans les moments importants. Je marche une dizaine de mètres, puis je plonge et là…je tombe sur ce que je pourrais appeler une sorte de putain de discothèque homosexuelle, puisque les couleurs des coraux et des poissons sont carrément exubérantes, et au lieu d’avoir dans les oreilles la traditionnelle petite musique des documentaires de J-Y Cousteau, c’est George Michael et Culture Club qui s’imposent ! Certains poissons font penser à des drag queens (Lion fish, Angel fish…), et d’autres à des gays ultra fashion, dont un avait des yeux rectangulaires chromés ! L’idée me fait marrer et je bois la tasse. Un peu plus loin je croise un mérou qui me fait immédiatement penser à Paco (tu sais pourquoi), les blagues pourries en moins. Je déambule ainsi plusieurs heures parmi mes potes les poissons (murènes, pieuvres, perroquets, poissons clown)… avec un style de nage atypique, vu que je n’ai jamais réellement appris à nager… Mais bon, le résultat est au-delà de mes espérances puisque j’ai nagé là où je n’avais pas pieds (beau-gosse…), tout en restant indépendant, c'est-à-dire que je n’avais ni guide, ni le matériel adéquat. Ça contraste avec les touristes Russes ou Français suréquipés (bouteilles, harpons…) et dont l’emploi du temps est respecté à la lettre. Je kiff, je reste. Ça me saoule, je me casse.                                                                                                                                                                                                      

Plutôt simple, non ?

par camchaka
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Lundi 25 février 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est 16h en ce lundi 25 février 2008, quartier Mohandesseen/Dokki en musique de fond Where do I begin ? des Chemical Brothers.

 

Ça va ? Je viens tout juste de rentrer de l’aéroport où je viens de laisser mon grand frère et sa copine après une semaine de vacances dans la folie cairote. Sympa le frère, nan ? Lui qui ne part jamais en vacances a fait péter sa tirelire pour voir la tronche de son frangin, en l’occurrence moi. A la base, il ne devait venir qu’en mars, mais une histoire de planning que je n’ai jamais bien compris a fait qu’il serait là le 16 février et que je devais gérer la situation. Bah oui, on ne gère pas le voyage de son frère comme celui du clodo du coin, enfin c’est mon point de vue. Enfin bref, l’idée générale avant leur venue c’était un truc du style « vacances complètes mais pas le truc dégueu des tours operator ». Pas trop dur à vue d’œil, mais si l’on ajoute qu’ils se sont pointés à 3h45 du mat’ et que ma rentrée c’était quelques heures plus tard, tout de suite ça devient plus chaud… Mais en fait non, c’est passé tout seul car j’ai chopé une sorte de laxisme plutôt agréable, je répète souvent « c’est pas grave », un peu comme les ¾ des mecs qui composent ce pays. Quand je dis «vacances complètes mais pas le truc dégueu des tours operator », il faut imaginer un savant mix entre visites de monuments/endroits incontournables et apprentissage du lifestyle local. Aucun novice n’irait s’aventurer dans un des rades à chicha enfumés, remplis d’hommes en gallabeya qui éclatent leurs tables bancales à coup de dominos, en hurlant des trucs incompréhensibles. Je ne l’ai d’ailleurs pas fait tout de suite non plus, ça m’a bien pris 3 jours avant d’y foutre les pieds. C’est dommage, les gérants aiment bien que des étrangers « corrects » fréquentent leurs établissements, ils aiment moins que ça soit des touristes « club med » (bermuda, bob et claquettes). Chicha sur fond d’appel à la prière du Muezzin ou choré sur le bord de la piscine par le GO ? Faut faire un choix, le miens est fait depuis un moment…

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                                                                                        " الا اكبررررررر "


En règle générale les touristes ne font que transiter au Caire, enfin ils visitent les Pyramides de Guizeh, le musée égyptien et une ou deux mosquées choisies un peu au hasard. Puis deux opportunités s’offrent à eux : la Haute Egypte (Louxor, Aswan, Abu Simbel) via le Nil ou les stations balnéaires, Sharm El Sheikh et Hurghada en têtes. On atterri au Caire, on y reste deux jours maxi et on en repart plus effrayé qu’autre chose… Ça fait maintenant plus d’un mois que je suis au Caire et je n’y ai pas bougé, je n’en ressens pas le besoin à vrai dire ! Tout ce dont j’ai besoin est là, y a qu’à prendre un bon taxi… A la base Guillaume & Raphaëlle (a.k.a mon frère et sa copine, ndlr) devaient faire un tour en Haute Egypte, mais une semaine c’est court pour faire un tel trip.
Ça aurait été possible, mais il aurait fallu courir et ça, c’est le mode de tourisme des chinois : arrivée sur les lieux/photos/on se casse. Ça craint.

Que faire au Caire quand on a qu’une semaine ? Le choix est vaste, les risques multiples et le kiff au maximum ! Le mieux reste tout de même d’être en contact avec un local qui fera découvrir (un peu ce que j’ai fais avec mon frangin) la ville et ses environs. J’ai même pu découvrir en même temps qu’eux des lieux comme Saqqara et Dachour, deux sites où l’on trouve des pyramides plus anciennes que celles de Guizeh, toutes aussi belles voire plus. Et le désert… pas un rat, pas de « eh cabtain ! », pas de mecs chelous qui veulent te refourguer un chameau craignos… Guizeh souffre de sa proximité avec la ville (200 mètres tout au plus) et de sa renommée (Khéops, la 7ème merveille du Monde, c’est du lourd). Alors que Saqqara et Dachour sont trop loin, donc les touristes de passage n’y vont pas, donc personne ne fait chier. Magique.  

Et si le luxe c’était l’Espace ?

par camchaka
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Samedi 16 février 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est 20h en ce vendredi 15 février 2008, quartier Mohandessen/Dokki en musique de fond Girls Just Wanna Have Fun de Cindy Lauper.

 

Vendredi, ça faisait quelques jours que j’attendais ce jour pour passer au Souq Al Goma’a (Souq du vendredi) que mon GEO avait classifié comme lieu non touristique, ce qui change du Khan El Khalili, que je juge trop édulcoré. « Allez-y de bonne heure » dit l’article, alors je suis sorti vers 9h, alors que les rues sont vides, ça fait bizarre quand même… Avec mon taxi on passe près d’une mosquée, puis d’une autre, au bout de 5 minutes j’ai pu en recenser une dizaine, plus ou moins belles, plus souvent belles que moches d’ailleurs. « Tient, je suis dans le Caire islamique » me dis-je, c’est pas difficile à deviner… Le chauffeur me largue parmi une foule compacte de mecs typiques, cigarette en coin de bouche et gallabeya poussiéreuse, venus faire des emplettes dans un souq mis à l’écart des programmes des tours operator. On comprend vite pourquoi : pas de statuettes de Nefertiti, pas de faux papyrus dégueu…

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Rien que du matos de seconde main et des animaux qui n’ont rien de neuf eux aussi… En Egypte en règle générale chaque objet est usé jusqu’à la corde, alors j’étais curieux de voir la tronche d’une TV ou d’un meuble d’occasion ! Je n’ai pas été déçu… Rafistolés à mort, les objets ont du mal à ressembler à quoi que ce soit de connu, tant la couche de crasse qui les recouvre est épaisse. Je déambule donc parmi des étales de fringues contrefaites, de poissons séchés, de pièces détachées pour Renault 12, jusqu’à arriver au marché aux animaux, à ce qu’il parait le plus grand d’Afrique. Le plus grand peut-être, le plus trash à n’en pas douter. Amis des animaux et cœurs sensibles abstenez vous d’y jeter un œil, sous peine de recracher votre p’tit dej’ dans la seconde ! On y trouve un peu de tout, par exemple des tortues, des serpents, des chats, des chiens, des poules… Le problème vient du mode de « stockage », carrément horrible… Les chats sont parqués dans des cages à oiseaux minuscules, les pigeons sont mélangés avec les tortues (payes tes coups de bec), les chiens sont cloitrés dans des paniers chelous, enfin bref c’est mal foutu. C’est avec mon kefieh sur le nez que j’avance car l’odeur des chiens combinée à la friture du vendeur de beignets fout la gerbe et le mot est faible ! Jusque là je suis un peu perturbé mais le moral est là, prêt à en découdre avec les étales suivants qui ne m’inspirent que des idées noires. En effet, un peu plus loin des mecs s’amusent à fouetter des gros chiens pour qu’ils montrent les crocs. Je me retrouve le temps d’une seconde dans Snatch, quand les mecs font des paris sur des combats de molosses… Mais la réalité me rattrape quand je dois enjamber le cadavre d’un chiot qui jonche le sol, et là je me dis un truc du style «pfffff pu-taiiin ». Ça n’a pas l’air de déranger les gens aux alentours malgré l’odeur qui hante le lieu.

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Je continus ma route et vois défiler les cages des animaux qui n’espèrent plus rien de la vie, enfin je le devine sans peine dans le regard des bêtes. J’arrive tout de même à m’extraire de la foule (avec difficultés), grâce à un mec qui me projette (quel connard) sur un étale de harengs fumés, mais du coup ça m’ouvre un passage pour me barrer. Je check vite fait mes fringues pour voir si elles puent le poisson, et par la Grâce de Dieu y a rien du tout ! Le vendeur fait un peu la gueule, et j’ai très envie de lui dire « hey ducon, ton poisson je viens de le nettoyer gratos, alors fait pas chier », puisque sa marchandise est entreposée sur un énorme tas d’ordures (si si !), ajouter à cela la poussière régulièrement soulevée par le vent, son poisson devient le pire des poisons (joke). Après avoir rejoint le côté « puces », tout aussi trash mais dans un autre registre, je me dis qu’avec la quantité de poules, pigeons et oies que j’ai approchés, si je n’ai pas chopé H5N1 ça tient du miracle !
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Difficile d’expliquer les raisons qui poussent un petit branleur d’occidental à aller voir un tel spectacle. Mes raisons ? Y a pas de véritables raisons, mis à part peut être que lorsque l’on visite un tel pays, il faut y voir les jolies choses (antiquités, mers turquoises…) et celles nettement moins sexy. Je vois ça comme un package indissociable.

par camchaka
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Mercredi 13 février 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est minuit en ce dimanche 10 février 2008, quartier Mohandessen/Dokki en musique de fond Tombé pour la France d’Etienne Daho.

A 21h GMT+2, les Pharaons viennent de battre pour la deuxième fois les Lions Indomptables au cours de cette CAN 2008. On a décidé de mater le match dans un endroit cosy puisque c’est l’anniversaire de Karima, ma colloc. Le choix s’est porté sur le Nile Hilton, très (trop ?) chic, les bourgeois dubaïotes et saoudiens deviennent le temps d’un match nos voisins de table, et c’est très décontracté que l’on assiste au match retransmis sur écran géant. L’ambiance d’un rade poussiéreux et surpeuplé ne m’aurai pas dérangé, enfin c’est vrai quoi, se mélanger au peuple et la raison première de ma présence, alors à quoi bon s’embourgeoiser dans un bunker à l’occidental ? Parce que c’est classe ! Un mec passe voir si va bien, aux toilettes un mec t’ouvre la flotte et les tables ne collent pas… Mais l’ambiance reste bon enfant et ce n’est que lors d’un but que l’assistance se met à bouger.  Je finis ma chicha à la réglisse (pas mauvais), mon Oum Ali (dessert typique qui tue l’Amérique) et ma Stella AVEC alcool puis nous quittons le site de l’hôtel et l’on entend la rue, que dis-je, c’est l’Egypte toute entière qui exprime sa joie ! Nous chopons un taxi bien cheap comme on les aime puis on roule tranquillement vers notre quartier, Cléopatra (clope locale) au bec et coude à la portière. Bizarrement, la Cléopatra m’évoque plus Conan Le Barbare que l’antique Reine d’Egypte, tant la fumée est raide à avaler. Je n’avais pas encore conscience que si j’avais tardé à finir mon narguilé, on n’aurait probablement pas pu circuler aussi bien, puisque les rues se remplissent peu à peu de mecs, de nanas, de vieux, de flics enfin bref de toutes sortes de gens ! Drapeau dans une main, bombe aérosol enflammée dans l’autre (!!!) tel est le supporter classique. La même chose, même cette fois ci sur le toit d’une voiture ou d’un micro bus est également très répandue. Et moi je suis posé sur un muret à les prendre en photo, rien à foutre la France pète les Pharaons !IMGP4101.JPG

Au Caire, si il y a bien une chose qui soit de série sur les bagnoles, c’est bien le klaxon ! A la rigueur, deux ou trois supplémentaires, histoire de ne pas être en galère en cas de panne, ne sont pas de trop. Tout le monde défonce son klaxon non-stop, à tout moment et pour n’importe quoi : à un carrefour, quand on voit un passant, quand un voit un pote et bien évidemment quand on a rien d’autre à foutre ! (si si !!). Il parait que les cireurs de chaussures et les vendeurs de clopes de Middan Al Tahrir deviennent peu à peu sourds en raison du bruit qui dépasserai en moyenne les 90 db !  Alors que se passe t-il quand l’Egypte gagne une CAN ? On klaxonne à mort, jusqu’à épuisement. Ça fait maintenant plus de cinq heures que le coup de sifflet final a retenti et le peuple continu encore et encore…mais jusqu’à quand ? S’il vous plait les mecs, je veux pioncer juste quelques heures…

J’entends un klaxon qui m’envois chier. Ah bah salaud !

par camchaka
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Dimanche 10 février 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est 23h en ce samedi 9 février 2008, quartier Mohandessen/Dokki en musique de fond Love stoned – Justin Timberlake feat Justice.

Ce nouvel appart’ est vraiment bon… Alors que l’ancien d’Héliopolis était une reproduction miniature de Bagdad, le nouveau tend plutôt sur une copie de Versailles… ! C’est kitsh à en mourir mais c’est propre et quant on y s’y fait on trouve ça jolie. Au mur, des natures mortes plutôt mal foutues et sans âme, aux détails grossiers et à la finition dégueu, m’enfin tant que le reste suis j’acquiesce ! Deux balcons énormes, que l’on peut limite appeler terrasses, donnent sur deux rues très sympas. On s’y pose le soir avec une chicha accompagnée de gâteaux apéritifs, voire de fraises, tout en sirotant son thé au citron en glandouillant sur Facebook. Plus ça va et plus je me dis que le retour en France va être délicat à gérer…

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La journée est dédiée au tourisme un peu plus classique. Maintenant que je suis en colloc mes plans à l’arrache devraient logiquement peu à peu se raréfier. Place aux soirées sans soucis et à la vie facile ! Un charme qui en remplace un autre, ça s’équilibre. Donc nous nous rendons, à l’aide d’une Renault 12 pétaradante, au Khan El-Khalili, le plus grand souq au Monde. Probablement le plus gros merdier aussi. On y trouve de tout, à tous les prix et à tout moment. Se frayer un chemin parmi la populace demande pas mal d’adresse si on ne veut pas se faire éclater la tête par un livreur qui fonce tête baissée avec sa charrette à bras ! Peu importe, on se laisse très vite charmer par les couleurs des tissus, l’odeur des épices et les braillements des vendeurs ! Chacun à sa méthode pour attirer le chaland, l’un devine la nationalité du touriste, un autre va balancer sa came sous le nez du passant, enfin bref, il faut vendre et à tout prix ! On se perd volontairement dans les innombrables ruelles toutes plus blindées de marchandises les unes que les autres… On a retrouvé notre chemin, j’ignore encore comment… j’ai profité de l’occasion pour acheter une chicha et tout le matos qui l’accompagne, c’est l’endroit rêver pour en choper une, non ? En Egypte, tout se négocie, ça va de ton loyer à la course de taxi en passant par la copie en plastique du masque de Toutankhamon Made in China.

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On se pli donc à la tradition (en fait, nan, y a pas vraiment le choix puisque le tarif de base est prohibitif) et on (enfin ma colloc qui gère l’arabe, Dieu merci) se prête à la négociation. On parle de la famille, du voyage et parfois de l’objet mis en vente. Au bout d’un certain temps (combien de temps au juste ?) on lâche ses billets. 45 livres, soit environ 5 euros pour une belle chicha en état de marche, plutôt une bonne affaire non ? Avis aux futurs cairotes : Il est important de se faire aider au début par un local, histoire de connaître les tarifs en vigueurs. A mon arrivée au Caire, j’avais du mal à négocier puisqu’à la vue du chauffeur de taxi (par exemple) on n’ose pas trop baisser le prix (quand on voit sa caisse, ses fringues et ses clopes on devine qu’il ne croule pas sous les thunes, ndlr), d’autant plus que souvent il s’agit de quelques livres, donc jamais plus d’un euro. Mais bon, à force on se dit qu’il faut un peu serrer le budget si on ne veut pas finir sur le trottoir. Alors on apprend quelques ficelles et on négocie sec !

Habitacle d'un taxi cairote

                                                                          Habitacle d'un taxi cairote


Une clope, un thé au citron blindé de sucre et au lit !

par camchaka
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Samedi 9 février 2008

Mon récit Made in Al-Qahira, il est 20h en jeudi 7 février 2008, quartier Mohandesseen/Dokki, en musique de fond Alive de Mondotek (remember).

Ma colloc ma ouvert les yeux sur ce que je pensais être un bon appart’ au Caire, en me faisant visiter le genre d’appart’ qu’un européen peut se payer. Celui du quartier de Sheraton Héliopolis est daubesque en comparaison à celui de Mohandesseen ! Du coup je prends la décision de me barrer est d’emménager dans un appart’ propre, où tout fonctionne, dans un des quartiers les plus jeunes de la ville, très hipe, enfin un excellent coin en définitif.
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Ça fait bizarre de se dire que je fais dorénavant parti de la « jeunesse dorée », c’est comme ça qu’on nomme gentiment les jeunes branleurs. Contrairement à la France la classe moyenne y est ici assez difficilement identifiable, puisqu’il n’y pas réellement de Smic. On me dit qu’un mec gagne en moyenne 350 livres égyptiennes par mois, soit environ 45 euros. Mais une bonne partie de la population est carrément aisée et peu se permettre de claquer dans un restau le double de ce qu’un mec touche en un mois. Ça ne choque personne, tout le monde s’en fout. La pauvreté est omniprésente en Egypte, peu importe le quartier ou l’heure de la journée.  Les gamins fouillant les poubelles et les estropiés affamés blindent les rues, les ruelles, les avenues, les places, partout quoi. On lâche un billet de temps en temps mais on aimerai en lâcher plus, comme toujours… Pourtant, malgré la souffrance, la joie de vivre ne quitte pas le visage des gens. « La misère est moins pénible au soleil » disait Aznavour. Le vieux doit avoir raison.P2060136.JPG

Le standard de pauvreté est radicalement différent de ce que l’on peut trouver en Europe. Ici, est considéré pauvre un mec sans logement et sans fringues. Tant qu’il peut survivre, ça passe. Alors s’il peut se payer une paire de pompes, une TV et un vélo c’est que ça marche pour lui !

Le Caire fait partie des villes les plus polluées au Monde, juste derrière Mexico et Bombay, alors qu’il n’y a ici « que » 1,7 millions de voitures pour 17 millions d’habitants (voire 25 millions, ça dépend des sources, puisque le service du recensement est craignos). Imagine le carnage avec une voiture par habitant… Car ici la voiture reste un signe extérieur de richesse…ça n’empêche pas les embouteillages monstrueux (« zahma ») bloquant la ville d’une extrémité à l’autre. Connaître les heures de rush devient cruciale pour qui veut être à l’heure à son rendez-vous ou manger son Big Mac à emporter encore chaud.IMGP4074.JPG

En parlant de Big Mac, ma colloc est moi-même partons à la recherche d’un Hardee’s, sorte de MacDo mais en mieux. Couca Coula ou Besbi ?

 

par camchaka
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Vendredi 8 février 2008
Mon récit Made in Al-Qahira, il est 21h en ce dimanche 3 février 2008, quartier Sheraton Heliopolis, en musique de fond La vie en Rose de Piaf.
Mon bawab a 1 heure de retard, mais bon c’est pas grave (« maleesh »), comme disent les locaux. Il doit réparer la machine à laver qui comme son nom ne l’indique pas, ne lave pas. Le moteur serait, selon des sources pas trop fiables, mort. Paix à son âme, mais si je dois encore douiller pour le remplacer ça saoule… Il est sympa ce bawab mais un peu con et pas très compréhensif. J’ai trouvé dans ma chambre un petit tapi et comme je n’avais pas de tapi de bain, je me suis dit que ça serait un excellent ersatz. Le problème c’est que ce tapi sert à la prière. « Merde c’est pas écrit dessus bordel ! » dis-je à mon bawab qui m’engueule. Il veut rien savoir et est prêt à me foutre une fatwa sur la tronche, enfin il en donne l’impression. Pas trop fâché finalement il accepte de me changer des néons que je n’arrive pas à mettre (y a des petits trucs tout chelous en plastique qui font chier) mais lui me dit que c’est cool et chope une chaise et commence le remplacement. Pour savoir s’il y a de l’électricité il ne trouve pas mieux que d’y mettre directement les mains et se prend volontairement des coups de bourre ! Maintenant je sais comment on dit en arabe « putain ça nique ! ».  On frappe à la porte. Et c’est parti pour une séance de langue des signes !
par camchaka
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